Article dans passage du temps wordpress.com  (05/09/2019)

https://passagedutemps.wordpress.com/2019/09/05/corse-du-sud-par-les-greves-et-par-les-forets/

Pins laricios et pins maritimes : en forêt à l’Ospedale avec Stéphane Rogliano

Serres De Ferruccio – 20137 – PORTO-VECCHIO,  06 19 89 65 36

En Corse, des gens se battent pour développer l’île en valorisant ses ressources endémiques.

Stéphane Rogliano est l’un d’eux.

Les meilleurs commentaires sur son métier, c’est lui qui les fait sur son site :   « Découvrez les plantes aromatiques du maquis Corse ! Vous êtes ici chez un producteur qui cultive et multiplie des plantes aromatiques corses, en agriculture biologique. Mais vous côtoyez également un animateur passionné capable de vous faire partager ses connaissances au cours de passionnantes

« balades botaniques et aromatiques avec un nez ». »

Nous l’avons suivi dans la forêt de l’Ospédale, à 900 mètres d’altitude. Nous connaissions parfois le nom des plantes, mais Stéphane Rogliano est aussi un conteur capable de ressusciter des temps plus antiques que le temps humain. Avec lui, l’histoire du pin laricio devient épique. L’arbre vient d’Autriche. Quand la dernière grande glaciation a recouvert la majeure partie de l’Europe, chassant les oiseaux des contrées gelées, ceux-ci sont partis loin des terres froides emportant des graines de pin dans leur grande migration. Ils se sont arrêtés à la limite des glaciers, qui passait justement au niveau de la Corse, de la Sicile et de la Calabre. Le pin laricio, qu’on reconnaît à ses écailles gris-argenté et à son tronc droit, est encore un arbre qui aime la fraîcheur et pousse en altitude. Dans les forêts de la montagne corse, on marche au milieu des colonnes grises des laricios comme dans la nef immense d’une cathédrale ou dans une mosquée.

Forêt de laricios

Ses aiguilles, sont longues et vertes. (« Ah ! intervient Jean-Claude, quand j’étais petit, c’est avec ces aiguilles qu’on « cousait » les grandes feuilles des hellébores pour tresser des couronnes. On arrivait aussi à tisser des petits paniers pour ramener des fraises. Et Stéphane Rogliano de reprendre « Pour les fraises, je ne le ferais pas. Les hellébores sont toxiques. Elles contiennent, entre autres, des saponosides, de l’hellébroside. Jusqu’au 17e siècle on pensait qu’elles pouvaient guérir la folie et le lièvre de La Fontaine conseillait à la tortue de se purger « avec quatre grains d’ellèbore… ».

À l’heure actuelle, on utilise encore les racines pour les troubles cardiaques et circulatoires. Mais ne jouez pas avec les hellébores. »

Le laricio était le roi des forêts corses d’altitude. Non seulement les troncs peuvent monter très haut, mais son bois est dur et très durable. On l’utilisait pour le mât des bateaux et les bardages même si l’absence de routes limitait l’exploitation. Aujourd’hui, il sert à fabriquer des charpentes et des meubles.  A l’Ospedale une scierie a longtemps fonctionné. Elle a fermé aujourd’hui.

Au retour, j’ai consulté le site de l’ONF qui va jusqu’en 2018. Depuis cinq ans, le nombre de scieries corses a fortement diminué et seules deux sont encore actives, pour un volume total scié de l’ordre de 1 000 m3 annuel. Même constat pour les ventes de bois : de 45 000 m3 annuel sur la période 2005/2013, elles sont passées à près de 10 000 m3 sur la période 2014/2017. C’est triste et difficile à comprendre  pour qui est comme moi étrangère aux réalités économiques, mais ça ressemble à ce qui se passe dans toute la France en voie de désindustrialisation. Pour relancer la filière forêt-bois, les professionnels du secteur se mobilisent dit l’ONF, qui cite des programmes de construction-bois  initiés par des élus de Corse-du-Sud (construction de trois logements sociaux à Cristinacce, installation d’un préau à l’école communale d’Evisa). La création d’une marque « Lignum Corsica » est aussi mise en œuvre pour soutenir le laricio.

La forêt, pour le moment, est surtout un bonheur pour les touristes.

A cette altitude, le pin maritime est un envahisseur car son habitat normal est sur la côte. Le réchauffement climatique explique peut-être son expansion, mais il profite aussi des incendies car ses graines germent directement,

alors que les graines du laricio peuvent mettre de cinq à dix ans pour pousser.

Le pin maritime est facile à distinguer du pin laricio. Son écorce rougeâtre se crevasse progressivement.

Ses aiguilles marron couvrent le sol d’un tapis épais.

Toute la fin de la balade, Stéphane Rogliano nous apprend à humer les parfums du maquis, myrtes, arbousiers, lentisques, chênes verts, chênes liège, genévriers rampants et thyms de montagne… Il devient lyrique quand il s’agit des menthes, la menthe aquatique épicée tout près du barrage ; la menthe pouliot aux notes citronnées, les tapis de Mentha requienii, une menthe corse au parfum mentholé et poivré aux toutes petites feuilles vert pomme parsemée de minuscules fleurs lavande rosée et, bien sûr  la Népita (prononcer « nébida »).

Les spécialistes disent qu’il ne s’agit pas d’une menthe, parce que ses feuilles sont moins ordonnées.

Mais elle en a l’odeur et dans l’île, elle sert à parfumer les légumes.

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